jeudi 25 septembre 2014

Alien et le graphisme bio-mécanique



Cet Alien, issu de l'imaginaire de H. R. Giger, vous le connaissez tous : c'est l'antagoniste principal de la saga des films Aliens initiée par Ridley Scott. Si j'ai apprécié les films (bon, comme souvent, le premier est excellent, les suivants, un peu moins...), c'est avant tout le design de la créature (dont la beauté n'a d'égale que son agressivité) qui m'a séduit : une magnifique oeuvre mélangeant les genres, réalisée avec des matières, par ailleurs, peu communes. Ici, (et pour vous présenter mon dessin) je ne parlerai donc pas trop des films, mais de l'esthétique du Xénomorphe et de la richesse artistique que ses maquettes et son atmosphère, représentent.

Mon dessin d'Alien. Stef/Giger
Hans Ruedi Giger, le concepteur graphique et pratique de la créature, était un artiste consacrant l'essentiel de son travail au graphisme biomécanique (ainsi qu'il l'a définit lui-même). Ce type de graphisme se caractérise par des visions relativement cauchemardesques issues du mélange de supports métalliques et rigides, étincelants, avec des supports organiques généralement souillés, mous, visqueux et luisants d'un teint blafard. Il arrivait ainsi que Giger réalise ses sculptures en mélangeant des éléments métalliques (roues dentées, tubes, plaques...) avec des éléments "vivants", comme de vrais os, ou de fausses chairs et peaux, agrémentés de liquides organiques.

Ce travail passionnant donne par exemple naissance aux couloirs très reconnaissables d'Alien 1, 2 ou Prometheus : on a l'impression d'y parcourir un corridor ressemblant à l'intérieur d'un œsophage - ce qui est précisément l'idée avec laquelle les films conçoivent les protagonistes : des boulettes de viande pour la reine Alien et ses sbires, qui descendent le long des tunnels humides, chauds, visqueux,  une métaphore de leur descente vers l'estomac des créatures, à laquelle le couloir "vivant" se prête allègrement.

C'était d'ailleurs cette atmosphère animale suintante qui rompait avec les classiques de l'époque : l'extraterrestre n'était pas un envahisseur à la technologie avancée venu défier la Terre, mais un animal luttant pour sa survie, tuant d'instinct et sans la moindre compassion, pas plus que n'en aurait le chat pour la souris. Cela accentuait d'autant plus l'apparente dangerosité de la créature, qui semble n'éprouver ni remord, ni questionnement, pas le moindre soupçon d'une idée de ce que sont le bien ou le mal. Impossible à raisonner, et donc d'autant plus irréconciliable avec l'espèce humaine.

Ces griffes, ses crocs, sa langue perforante avec une seconde mâchoire et une seconde dentition, sa peau squelettique et même jusqu'à son sang acide, constituent des armes. Cette créature, encore plus que les vrais tueurs que l'on connait sur Terre (Requin, Orques, Ours, Lions, etc...) semble faite uniquement pour tuer (ce qu'elle ne fait d'ailleurs, et paradoxalement, pas forcément - puisqu'elle "cocoonise"* ses proies ou les amène à la reine). Bon, même si tuer, c'est bien évidemment mal, je ne peux, personnellement, m'empêcher d'admirer cette créature. Attention, je ne parle pas de la créature de fiction, mais de sa réalisation : l'esthétique, la constitution et les fonctions dont on l'a pourvu, le comportement que les réalisateurs lui ont donné... C'est franchement bien trouvé et développé, tout ça. Il n'y a guère que les prédators ou les créatures du premier opus des chroniques de Riddick (Pitch black), à ma connaissance, qui sont visuellement aussi intéressantes, et conceptuellement aussi abouties.

* En fait, dans le premier opus, une scène coupée par la suite, est sensée représenter le corps d'un passager dans un cocon au coin d'une salle qui sert peut-être de "garde-manger".

 
les bioraptors de Pitch Black et un Prédator Shakespearien

Bon, puis mon dessin, soit dit en passant, je l'ai réalisé à partir d'une photo de la créature, au crayon à papier, pour m'exercer à l'utilisation des crayon fins vs gras. Des grosses pattes de doigts pour lisser le fond. Il y'a quelques erreurs mais la reproduction s'est faite à main levée - et à partir d'une photo sur laquelle les couleurs s'obscurcissent ou s'éclairent jusqu'à se confondre avec le fond, il est difficile de reporter toute la richesse de la palette en une seule couleur.

Des murs organo-métalliques où se mélangent la froideur rigide de la mort et la chaude humidité de la vie. Img Giger

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